Bretagne Grands Migrateurs lance en 2025 une nouvelle chronique "Agir sans perdre le fil !". Aujourd'hui, le deuxième épisode...
Essai – Erreur – Correction sont les maîtres mots de la gestion adaptative ! Ce concept innovant, apparu il y a une vingtaine d’années Outre-Atlantique pour la gestion des Anatidés, est depuis 2019 inscrit dans le droit français.
Mais qu’est-ce que la gestion adaptative ?
La gestion adaptative d’une espèce et de leurs habitats est un processus de gestion qui tient compte des connaissances scientifiques et évolue sans que le manque de données ou les incertitudes soient un frein. En d’autres termes, elle consiste à « mettre en œuvre des actions flexibles d’aménagement ou de régulation, sur la base d’objectifs fixés collectivement, tout en améliorant la connaissance et permet ainsi de progresser pas à pas via un processus vertueux, même pour des systèmes imparfaitement compris » (Guillemain et Salas. 2022.Gestion adaptative : pour une gestion concertée des espèces, de leurs habitats et de leur exploitation. Office français del a biodiversité. 120 pages). Elle permet finalement d’apprendre et de gérer simultanément !
Et comment cela fonctionne ?
L’objectif de la gestion adaptative est d’avancer et de prendre des décisions même dans un contexte d’incertitude, en plaçant la concertation et la connaissance au centre du processus. 5 grandes étapes structurent le processus de gestion adaptative :
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- La concertation dont la finalité est de définir avec l’ensemble des parties prenantes les objectifs de gestion qui doivent être partagés et acceptés de tous.
- Le bilan des connaissances et des hypothèses sur les incertitudes, basé sur un modèle statistique élaboré à partir des données disponibles en vue d’anticiper les conséquences des futures actions de gestion à l’aide de scénarios.
- Les actions de gestion à mettre en œuvre pour répondre aux objectifs fixés en l’état des connaissances.
- Les suivis scientifiques réguliers pour mesurer la réponse d’une espèce face aux mesures mises en place.
- La réévaluation qui confronte les données de terrain au modèle de gestion pour l’affiner (réduire les incertitudes) et réajuste les suivis et/ou les actions si besoin.
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La gestion du saumon en Bretagne : un exemple de gestion adaptative
En 2015, les gestionnaires et scientifiques ont lancé des travaux de révision de la stratégie de gestion du saumon en Bretagne, qui reposait depuis 1996, sur un système de régulation visant la maximisation des prélèvements avec la mise en place de Totaux admissibles de captures (TAC) associés à des périodes de pêche. Cette stratégie de gestion, sans équivalent à l’époque, était source d’ambiguïté voire de confusion entre conservation et exploitation par pêche. Le projet scientifique RENOSAUM (Rénovation de la stratégie de gestion du saumon) est né ! Après 7 ans d’échanges réguliers entre tous les acteurs sur les objectifs, la méthode, les limites de conservation et les scénarios de gestion, il a abouti à la mise en œuvre d’un nouveau modèle de gestion dissociant les objectifs de conservation et d’exploitation.
Quelles ont été les clés de cette réussite et pourquoi s’agit-il d’un projet de gestion adaptative ?
1 – Une instance de concertation : le COGEPOMI
Réunis au sein du pôle R&D sur les poissons migrateurs, l'OFB, l'INRAE et l'UPPA ont décidé d'œuvrer conjointement dans le cadre de RENOSAUM pour définir de nouvelles limites de conservation pour les populations de saumon bretonnes. Le projet a été mené en concertation et partagé avec les gestionnaires et les pêcheurs dans le cadre de groupes techniques du COGEPOMI.
2- Des suivis des populations bretonnes sur le long terme
Le modèle de gestion s’appuie sur de longues chroniques de données issues du suivi :
- de la dynamique de population du saumon sur le Scorff mené par l’INRAE et la FDAAPPMA 56 depuis 1994,
- du recrutement de juvéniles de saumon mené par les fédérations de pêche bretonnes depuis 1997,
- des remontées de géniteurs de saumon aux stations de comptage mené par la fédération de pêche du Finistère sur l’Elorn et la Région Bretagne sur l’Aulne depuis 2000…
3- Un processus itératif
L’apport des nouvelles données contribue à améliorer les connaissances mais également à adapter les mesures avec la mise à jour régulière du modèle qui a d’ailleurs, fin 2023, permis d’évaluer l’ensemble des populations de saumon bretonnes en-dessous de leur limite de conservation. Cette évaluation a abouti à une prise de décision forte de la part du COGEPOMI en proposant une fermeture de la pêche du saumon en 2025 en mer, en estuaire et sur les rivières de Bretagne.
L’Office français de la biodiversité a sorti récemment 4 vidéos pédagogiques pour tout comprendre sur la gestion adaptative. Rendez-vous sur leur site pour les (re)voir !
Rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode !